Publié dans Lettres ouvertes

Une saine concurrence pour appuyer le déploiement d’internet haute vitesse dans toutes les régions

Par Stéphane Forget, MBA, ASC
Président-directeur général

Au moment où les municipalités, le gouvernement du Québec, le gouvernement fédéral ainsi que les acteurs des milieux économiques et régionaux s’entendent sur l’importance de favoriser l’implantation du réseau Internet haute vitesse dans les régions éloignées, le CRTC a révisé à la baisse la semaine dernière les tarifs de gros offerts aux revendeurs de services Internet.

Voilà que la décision de cet organisme public indépendant risque de bousculer la capacité des grands fournisseurs de déployer le plus rapidement possible les réseaux d’accès haute vitesse dans les régions non desservies, étant donné les impacts financiers. La baisse des tarifs de gros que les revendeurs devront payer, de 77% par rapport à ceux de 2016, pourrait nuire au déploiement des infrastructures numériques, puisque les fournisseurs qui à l’heure actuelle font ces investissements ont démontré qu’ils subiront des répercussions financières importantes.

Quelles conséquences pouvons-nous anticiper? Eh bien, en forçant ces grandes entreprises de télécommunications à vendre l’accès à rabais à leurs concurrents de plus petite taille, ce sont finalement aux plans de déploiement futurs des infrastructures de connexion haute vitesse que la décision du CRTC risque de faire ombrage. Plus précisément, en voulant encourager « une telle forme de concurrence », le CRTC vient autoriser des revendeurs de réseaux sans fil de profiter des efforts des constructeurs. Cela permettrait à ces plus petits joueurs d’offrir des services moins coûteux aux consommateurs, sans avoir à assumer les investissements dans les infrastructures. En agissant ainsi, le CRTC vient freiner dangereusement les investissements dans le secteur des télécommunications, et ce dans une ère où les consommateurs canadiens demandent à être de plus en plus connectés (surtout en région) et cherchent toujours plus de qualité, de fiabilité et de performance.

À court terme, il est possible de croire que c’est une décision intéressante pour les consommateurs mais, de notre point de vue, les conséquences pourraient être désavantageuses autant pour la compétitivité des entreprises que pour les consommateurs à moyen et long terme.

À la FCCQ, nous croyons fermement que les infrastructures de télécommunication représentent un ingrédient essentiel du développement économique. Toutefois, beaucoup de travail reste à faire, notamment dans les régions rurales et plus isolées.

En fait, des investissements majeurs seront encore nécessaires dans les infrastructures de télécommunication, afin de permettre à tous les ménages et entreprises d’avoir accès à des réseaux de calibre mondial et ainsi atteindre cet autre objectif du CRTC, soit d’offrir la haute vitesse à 50 Mbps en téléchargement. Cela, sans mentionner le déploiement imminent de la technologie de la prochaine génération 5G, qui nécessitera des investissements massifs de l’ordre de 26 G$, au cours de la période 2020 – 2026, selon une étude de Accenture[1]. Il s’agit d’investissements essentiels à la compétitivité et au développement des entreprises canadiennes.

Au cours des dernières années, les gouvernements du Canada et du Québec ont travaillé étroitement avec les joueurs canadiens des télécommunications afin d’encourager les investissements, et ce, dans toutes les régions. Le secteur privé a investi massivement et il ne faut pas freiner cet élan. À titre d’exemple, les entreprises de télécommunication sans fil ont investi plus de 50 G$ dans les infrastructures de réseau au cours des trente dernières années.

Il est essentiel de reconnaître les impacts négatifs de cette décision, alors qu’elle pourrait nuire à un autre objectif, soit celui de développer un réseau performant à l’échelle du pays. Nous nous attendons à ce que le prochain gouvernement du Canada s’engage à prendre les mesures nécessaires pour ne pas nuire à cet élan, dont nous avons besoin sur le plan du développement économique.

La fixation des prix ne doit pas avoir pour conséquences de défavoriser ni des régions ou des communautés, ni les entreprises qui développent les infrastructures. L’équité doit primer, aussi bien en région qu’entre les entreprises qui offrent les services de connexion à Internet haute vitesse, pour favoriser la saine concurrence et le développement des technologies.

[1] En route vers l’innovation – la place du Canada dans la course vers le 5G, rapport réalisé par la firme de consultation Accenture, 19 juin 2018, page 2

À propos de Stéphane Forget, MBA, ASC
Président-directeur général

Stéphane Forget est président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec. À la FCCQ depuis 2014, il a d’abord occupé le poste de vice-président, Stratégie et affaires économiques. Auparavant à la Société de transport de Montréal (STM), il a agi à titre de directeur exécutif, Relations externes et planification stratégique ainsi qu’à titre de directeur, Coordination des dossiers stratégiques.

Précédemment, il a cumulé une vaste expérience des affaires gouvernementales et publiques, occupant diverses fonctions au sein de la Ville de Montréal, dans le monde associatif,  à la Société Radio-Canada et au gouvernement du Québec.

Il est détenteur d’une maîtrise en administration des affaires (MBA) de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal  (ESG-UQAM) et d’un certificat en droit de l’Université de Montréal. Au printemps 2019, il a obtenu la désignation d’administrateur de sociétés certifié (ASC).

Monsieur Forget est membre du Conseil et du comité exécutif de la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT), membre du Conseil d’administration de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et membre du Comité consultatif du travail et de la main d’œuvre (CCTM).

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