Publié dans Lettres ouvertes

S’apprête-t-on à « étatiser » la consigne ?

Par Stéphane Forget, MBA, ASC
Président-directeur général

La Presse nous apprenait que le gouvernement envisagerait une révision majeure de l’actuel système de consigne. Plusieurs des entreprises que nous représentons ont participé au cours des derniers mois à un groupe de travail dont l’objectif était d’élaborer une proposition intégrée et chiffrée pour réformer les dispositifs actuels de consigne et de collecte sélective.

Les propositions de ce regroupement de nombreuses entreprises semblent avoir rapidement été rejetées par le ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques. Selon les informations qui circulent actuellement, le ministre ambitionnerait ni plus ni moins d’étatiser le système de consigne! Ainsi, Recyc-Québec deviendrait le « récupérateur unique » et lancerait des appels d’offres pour la récupération et le transport des contenants consignés. Il y a pourtant belle lurette que les initiatives d’étatisation n’ont pas vu le jour au Québec.

On nous promettrait un système hautement technologique, informatisé, efficace et qui s’autofinancerait sans coût additionnel pour les entreprises. C’est une chanson que nous avons souvent entendue. Combien de centaines de millions de dollars ont dû être investis par le gouvernement dans des « trouvailles » qui prétendaient à une gestion efficace et à l’autofinancement ?

Et c’est précisément là que le bât blesse. On ignore l’effet que produiraient ces changements pour les embouteilleurs (de bière, de boissons gazeuses et d’eau). Il y a tout lieu de s’inquiéter de l’impact de ces mesures d’élargissement de la consigne sur le commerce de détail (on parle d’un ajout d’environ un milliard de contenants, surtout en plastique). À de rares exceptions près, les magasins d’alimentation et les dépanneurs ne disposent pas de l’espace nécessaire pour entreposer une quantité nettement plus grande de produits consignés.

La Fédération des chambres de commerce du Québec ne conteste pas l’intention de réexaminer les systèmes actuels. Elle s’attend cependant à ce que de sérieuses études d’impact économique soient réalisées avant de chambarder des systèmes, dont certains sont étroitement associés au mode de fonctionnement des entreprises et à leur modèle d’affaires depuis des décennies.

Nous comprenons qu’il s’agit de systèmes complexes qui impliquent des enjeux de production, de transport, d’entreposage, de commerce de détail et d’environnement. Nous convenons aussi que les entreprises ne sont pas les seules parties prenantes à avoir voix au chapitre sur ces enjeux. Mais elles doivent participer activement au dialogue, sur la base de scénarios crédibles élaborés en tenant compte de la réalité complète.

La dernière réforme du système de consigne remonte à 1984. Lorsque le gouvernement intervient en cette matière, il agit dans une perspective à long terme. D’où l’importance de bien évaluer les impacts, de cerner objectivement et scientifiquement les enjeux et de procéder avec prudence. Agir autrement risque de perturber le fonctionnement de tout un réseau d’entreprises.

À propos de Stéphane Forget, MBA, ASC
Président-directeur général

Stéphane Forget est président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec. À la FCCQ depuis 2014, il a d’abord occupé le poste de vice-président, Stratégie et affaires économiques. Auparavant à la Société de transport de Montréal (STM), il a agi à titre de directeur exécutif, Relations externes et planification stratégique ainsi qu’à titre de directeur, Coordination des dossiers stratégiques.

Précédemment, il a cumulé une vaste expérience des affaires gouvernementales et publiques, occupant diverses fonctions au sein de la Ville de Montréal, dans le monde associatif,  à la Société Radio-Canada et au gouvernement du Québec.

Il est détenteur d’une maîtrise en administration des affaires (MBA) de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal  (ESG-UQAM) et d’un certificat en droit de l’Université de Montréal. Au printemps 2019, il a obtenu la désignation d’administrateur de sociétés certifié (ASC).

Monsieur Forget est membre du Conseil et du comité exécutif de la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT), membre du Conseil d’administration de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et membre du Comité consultatif du travail et de la main d’œuvre (CCTM).

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