Publié dans Lettres ouvertes

Retraites: il faut mettre les choses en perspective

Par Stéphane Forget, MBA, ASC
Président-directeur général

Au cours de l’année dernière, plusieurs intervenants sociaux et politiques ont fait des pressions pour demander l’élimination des différences de régimes de retraite et avantages sociaux offerts par des entreprises à certains employés en fonction de leur date d’embauche. Or, plusieurs éléments concernant cet enjeu sont passés sous silence et nous risquons de prendre de mauvaises décisions.

À travers le monde, il est devenu évident que les risques financiers associés aux régimes de retraite à prestations déterminées menaçaient de plus en plus l’existence de plusieurs entreprises. Conséquemment, les employeurs ont modifié leur approche, en offrant désormais d’autres types de régimes qui, dans la plupart des cas, reposent sur une contribution d’exercice équivalente de la part des employeurs, mais ne comportent plus un risque financier invivable. Dans d’autres pays, comme les États-Unis et le Royaume-Uni, la vaste majorité des employeurs ont simplement terminé les régimes à prestations déterminées pour n’offrir que des régimes à cotisations déterminées, ou autres du même genre.

Les employeurs canadiens ont majoritairement décidé d’agir autrement, sur la base du principe du respect de la promesse faite aux employés embauchés précédemment. Au lieu de mettre fin à ces régimes, ces employeurs ont fait le choix d’offrir de nouveaux types d’avantages sociaux pour les nouveaux employés, tout en maintenant la promesse faite aux anciens employés de maintenir le régime offert à leur embauche. C’est une simple question de responsabilité et de respect à l’égard d’un engagement fait aux employés déjà engagés. Dans les milieux syndiqués, cela c’est d’ailleurs toujours fait dans le cadre de négociation de convention collective alors que les employeurs ont fait des concessions importantes pour uniformiser leurs coûts de régimes de retraite.

Contreparties équivalentes

Parallèlement, les employeurs n’ont pas nié l’importance d’offrir des conditions attrayantes également pour les nouveaux employés, que ce soit pour la rémunération, pour les avantages sociaux ou pour la retraite. C’est pourquoi ils ont, dans la plupart des cas, décidé ou négocié des régimes différents pour les nouveaux employés pour lesquels la contribution d’exercice d’employeurs est équivalente, ou bien ils ont offert d’autres types de rémunération ou d’avantages en contrepartie.

Il y a même des employeurs qui offrent maintenant de l’intéressement à l’actionnariat sous forme d’actions dans la compagnie. Bref, on offre des équivalences.

Les régimes offerts à ces nouveaux employés offrent également des avantages différents, qui peuvent même s’avérer plus intéressants pour une nouvelle génération d’employés. Les jeunes individus veulent aussi avoir davantage le contrôle pour répondre à leurs propres besoins et objectifs en fonction de leur situation.

Dans beaucoup de cas, lorsque le choix a été offert aux employés, les jeunes ont majoritairement opté pour des régimes différents de ceux de leurs prédécesseurs.

Risques de conflits

On comprendra que si les employeurs du Québec sont dorénavant privés de cette flexibilité dans l’offre de régime, ils suivront l’exemple de la plupart des autres employeurs à travers la planète et mettront fin aux régimes à prestations déterminées pour n’offrir que des régimes avec des cotisations déterminées. Ceci implique des risques de conflits de travail beaucoup plus long, beaucoup plus dur et beaucoup plus coûteux pour toutes les parties.

Malheureusement, les syndicats n’ont pas fait mention des risques que cela représente notamment pour les travailleurs concernés dont la date d’embauche précède les transformations, ni de leur accord passé à de telles pratiques.

Enfin, si les normes deviennent trop restrictives au Québec, il est clair que des grands employeurs ajouteront cette perspective à leurs futures décisions d’affaires. Ce n’est pas une question d’iniquité ni de disparités, puisque les employeurs qui sont responsables veulent continuer à offrir les meilleures conditions possible pour attirer et retenir leurs employés. Mais ils ne veulent plus être exposés à des risques financiers qui sont externes à la mission de l’entreprise.

Yves-Thomas Dorval, Président-directeur général 

Conseil du Patronat du Québec

Stéphane Forget, Président-directeur général

Fédération des chambres de commerce du Québec

À propos de Stéphane Forget, MBA, ASC
Président-directeur général

Stéphane Forget est président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec. À la FCCQ depuis 2014, il a d’abord occupé le poste de vice-président, Stratégie et affaires économiques. Auparavant à la Société de transport de Montréal (STM), il a agi à titre de directeur exécutif, Relations externes et planification stratégique ainsi qu’à titre de directeur, Coordination des dossiers stratégiques.

Précédemment, il a cumulé une vaste expérience des affaires gouvernementales et publiques, occupant diverses fonctions au sein de la Ville de Montréal, dans le monde associatif,  à la Société Radio-Canada et au gouvernement du Québec.

Il est détenteur d’une maîtrise en administration des affaires (MBA) de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal  (ESG-UQAM) et d’un certificat en droit de l’Université de Montréal. Au printemps 2019, il a obtenu la désignation d’administrateur de sociétés certifié (ASC).

Monsieur Forget est membre du Conseil et du comité exécutif de la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT), membre du Conseil d’administration de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et membre du Comité consultatif du travail et de la main d’œuvre (CCTM).

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