Publié dans Lettres ouvertes

Relations France-Québec : en ferions-nous trop ?

Les médias rapportaient récemment que, dans les officines franco-québécoises, on s’inquiète fort de l’intention du gouvernement du Québec de facturer aux étudiants français les mêmes droits de scolarité que ceux que doivent régler les Canadiens des autres provinces qui fréquentent nos universités. Il s’agirait d’une « rupture » de la coopération France-Québec, d’une « symbolique forte ».

Depuis des décennies, les interventions du gouvernement du Québec en France sont justement marquées au coin de cette « symbolique ». On pousse le symbole jusqu’à l’esbroufe. Certes, la France présente un intérêt indéniable pour le Québec, et il est sain que nous ayons des rapports étroits, même privilégiés avec ce pays.

Mais cette coopération de longue date, ce cousinage, ne se traduit pas par des retombées équivalentes en matière d’investissement. Il y a un décalage frappant entre le verbe et l’action. Les Français sont des investisseurs marginaux au Québec : ils investissent de trois à quatre fois plus dans les autres provinces, principalement en Ontario, qu’au Québec. Et on ne fait pas état ici des mises de fonds de la multinationale française Total dans les champs pétrolifères de l’Alberta, ce qui accentuerait la marginalisation du Québec.

Nous avons analysé les données de l’Institut de la statistique du Québec et de Statistique Canada sur les dépenses en immobilisations du secteur privé non résidentiel au Québec entre 2004 et 2011selon le pays ayant le contrôle de l’entreprise. Pendant cette période, les investissements étrangers globaux à ce chapitre se sont élevés à 55,6 milliards de dollars. La France est responsable de 1,8 milliard sur neuf ans (3,2 %).

Des pays qui ne présentent aucun intérêt politique pour le « Québec diplomatique », comme les Pays-Bas et la Suisse, ont réalisé des investissements au Québec plus importants que les Français — Pays-Bas : 2,14 milliards ; Suisse : 1,97 milliard. Et surtout, les Anglais, qui ont consenti des investissements de 5,1 milliards (presque trois fois les capitaux français), bien que le bureau du Québec à Londres ne soit que l’ombre de la Délégation générale de Paris.

Certes, l’Homme (comme on dit en France) ne vit pas que de commerce et d’investissements, et on ne saurait juger de l’importance des relations France-Québec sous ce seul angle marchand, voire mercantile. Je vois déjà venir les critiques et même les indignations… Mais ces faits permettent peut-être de tempérer les objections soulevées par les Français au sujet des droits de scolarité. Les universités québécoises ont besoin des 75 M $ que représente l’écart de droits de scolarité entre les Français et les Canadiens hors-Québec parce que la simple indexation des droits de scolarité des étudiants québécois ne couvre même pas l’augmentation des « coûts de système » de nos universités. On conviendra qu’il y a une incongruité dans le traitement préférentiel accordé aux étudiants français par rapport à ceux des autres provinces. Et honni soit qui s’offusque d’un retour à la normale.

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