Publié dans Lettres ouvertes

Pénurie de main-d’œuvre: le fédéral doit régler le problème pour de bon

Par Charles Milliard
Président-directeur général

Ce n’est un secret pour personne, le Québec est toujours confronté à une grave pénurie de main-d’œuvre qui ne présente aucun signe d’amélioration. La situation difficile qui frappait déjà de nombreux secteurs avant la pandémie, dont l’industrie aérospatiale, n’a fait que prendre de l’ampleur depuis, alors que des milliers de travailleurs ont quitté leur entreprise, changé de secteur ou encore pris leur retraite prématurément. 

Avec un taux de chômage à 5,8 % au Québec en août 2021, le bassin de travailleurs demeure limité. Le nombre de postes vacants, au premier trimestre de 2021, était de 20 350 dans le secteur de la fabrication au Québec et, avec le taux de postes vacants maintenant à 4,7 %, la pression augmente. Le manque de travailleurs empêche la croissance des entreprises, fait perdre des contrats, nuit aux opérations et à l’innovation et freine l’augmentation des exportations ; la vitalité de nos PME manufacturières est donc sérieusement en jeu.

Recrutement difficile

Alors que le bassin de candidats s’amenuise, les employeurs doivent faire des pieds et des mains pour attirer des travailleurs locaux et internationaux. Les entreprises font souvent face à des surenchères salariales, faisant en sorte qu’un travailleur passe rapidement d’un employeur à un autre, ce qui fragilise l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.

La situation n’est guère plus joyeuse du côté des institutions d’enseignement. L’industrie aérospatiale du Québec a la chance de pouvoir compter sur des centres de formation de pointe, soit l’École nationale d’aérotechnique et l’École des métiers de l’aérospatiale de Montréal, qui proposent des formations uniques en Amérique du Nord. Malheureusement, celles-ci opèrent actuellement à moitié de leur capacité et peinent à recruter des étudiants.

Nous assistons en ce moment à une baisse importante des inscriptions d’étudiants locaux; les étudiants des autres provinces canadiennes doivent débourser un montant significatif, comme les étudiants étrangers, pour se faire former au Québec et les étudiants étrangers doivent faire face aux dédales administratifs du ministère fédéral de l’Immigration. Quand nos écoles réussissent à former des étudiants d’origine étrangère, certains déménagent du côté de l’Ontario une fois leur formation terminée, afin d’obtenir plus rapidement leur citoyenneté canadienne. Cette situation défavorise grandement le Québec, car nous ne retenons pas la relève que nous formons et dont nous avons besoin.

À la croisée des chemins

Si rien n’est fait pour attirer et retenir les étudiants et travailleurs, locaux ou internationaux, nous risquons une délocalisation de filiales de multinationales, une perte de compétitivité par rapport aux autres provinces et nations, ainsi qu’un recul accéléré du secteur aérospatial québécois sur la scène mondiale. Avec un bassin d’employés vieillissant et une relève insuffisante, les prochains départs à la retraite vont renforcer les pénuries d’emplois techniques ou professionnels. En aérospatiale seulement, nous prévoyons 270 départs à la retraite d’ici 2022 au niveau des machinistes et opérateurs.

Des solutions sont pourtant possibles

Les solutions pour régler le problème ne manquent pas et plusieurs ont déjà été partagées. Par exemple, les étudiants des autres provinces canadiennes devraient pouvoir se former au Québec à un coût beaucoup plus raisonnable. Innovation, Sciences et Développement économique Canada pourrait mettre à disposition des PME des services gratuits d’accompagnement pour les aider à recruter de la main-d’œuvre étrangère.

Aussi, le ministère fédéral de l’Immigration devrait mieux se coordonner avec le ministère de l’Éducation du Québec et le ministère de l’Enseignement supérieur afin de favoriser la reconnaissance des diplômes et les équivalences, réduire les délais de traitement des demandes des étudiants internationaux et s’assurer que ceux-ci seront en mesure de débuter leur formation dans les temps. Le gouvernement fédéral pourrait traiter en priorité les dossiers d’immigration de candidats ayant déjà en main une offre d’emploi et favoriser leur intégration au Québec en s’assurant que le délai pour devenir citoyen canadien soit le même que dans les autres provinces.

Messieurs Trudeau, O’Toole, Singh, Blanchet et Mme Paul, le temps presse et vous pouvez nous aider à résoudre la pénurie importante de main-d’œuvre qui nous afflige. La réussite de nos entreprises, l’attraction de travailleurs étrangers et le développement de nos talents ici, au Québec, représentent un investissement incontournable et rentable pour tous les Canadiens, d’un océan à l’autre.

Source: Le Journal de Montréal

Signataires:

Suzanne M. Benoît, Présidente-directrice générale, Aéro Montréal

Karl Blackburn, Président et chef de la direction Conseil du patronat du Québec

Charles Milliard, Président-directeur général Fédération des chambres de commerce du Québec

Véronique Proulx, Présidente-directrice générale Manufacturiers & Exportateurs du Québec

Pascal Désilets, Directeur de l’École nationale d’aérotechnique et conseiller stratégique au Centre technologique en aérospatiale

Andréane Martel, Directrice générale Comité sectoriel de main-d’œuvre en aérospatiale (CAMAQ)

À propos de Charles Milliard
Président-directeur général

Charles Milliard est président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec depuis janvier 2020. Gestionnaire chevronné, il a une longue expérience en affaires publiques, plus particulièrement dans le secteur pharmaceutique, de la santé et des sciences de la vie. Il a œuvré au sein du Groupe Uniprix durant 14 ans, occupant plusieurs responsabilités dans l’ensemble des fonctions de l’organisation. De 2013 à 2016, il y a occupé le rôle de vice-président exécutif du Groupe, ayant sous sa supervision la moitié des employés du siège social. Avant de se joindre à la FCCQ, il était vice-président, Santé, au sein du cabinet de relations publiques NATIONAL. Au fil des années, Charles Milliard a acquis une solide expérience en gestion d’enjeux stratégiques et financiers, en développement de stratégies politiques et gouvernementales, et a su développer d’importantes habiletés de leadership et de représentation publique des organisations.

Charles Milliard est président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec depuis janvier 2020. Gestionnaire chevronné, il possède une longue expérience en affaires publiques, plus particulièrement dans le secteur pharmaceutique, de la santé et des sciences de la vie. Il a œuvré au sein du Groupe Uniprix durant 14 ans, occupant plusieurs responsabilités dans l’ensemble des fonctions de l’organisation. De 2013 à 2016, il y a occupé le rôle de vice-président exécutif du Groupe, ayant sous sa supervision la moitié des employés du siège social. Avant de se joindre à la FCCQ, il était vice-président, Santé, au sein du cabinet de relations publiques NATIONAL.

Au fil des années, Charles Milliard a acquis une solide expérience en gestion d’enjeux stratégiques et financiers, en développement de stratégies politiques et gouvernementales, et a su développer d’importantes habiletés de leadership et de représentation publique des organisations.

Titulaire d’un baccalauréat en pharmacie et d’un certificat en économique de l’Université Laval, ainsi que d’un MBA de HEC Montréal, Charles Milliard est membre de l’Ordre des Pharmaciens du Québec. Chroniqueur santé à diverses émissions télé au cours des dernières années (Radio-Canada, TVA et V), il s’implique en outre à titre personnel au sein de plusieurs organismes culturels, notamment à titre de président du conseil d’administration du Festival TransAmériques et d’administrateur à l’Orchestre symphonique de Montréal, au Conseil des Arts de Montréal et au Festival de Lanaudière.

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