Publié dans Lettres ouvertes

Osons le pragmatisme pour cesser les éternelles frictions fédérales-provinciales dans le financement des infrastructures

Par Stéphane Forget, MBA, ASC
Président-directeur général

S’il y a une chose qui ne change pas, en politique, c’est la lourdeur qui entrave les discussions entre Québec et Ottawa sur le financement des infrastructures.  Peu importe les gouvernements au pouvoir, on assiste toujours au lancement de programmes de soutien aux infrastructures de plusieurs milliards de dollars, puis on négocie avec les provinces sur les projets qui bénéficieront de ce financement.

Des ententes sont rapidement conclues avec la plupart des provinces, alors que les négociations avec le Québec sont trop souvent caractérisées par une complexité qui ne semble pas prévaloir dans les autres provinces.  Comme si tout devait être difficile et analysé sous l’angle des enjeux constitutionnels et juridiques.

Une évidence s’impose pourtant : des infrastructures suffisantes et de qualité sont essentielles. Selon une étude du Fonds monétaire international, une hausse des dépenses d’investissement en infrastructures équivalente à 1 % du PIB augmentera le niveau de production de 1,5 % après quatre ans. Le gouvernement fédéral doit s’entendre avec le gouvernement du Québec, tout simplement parce que ce dernier a le souci légitime d’harmoniser les projets financés en partie par Ottawa avec ses propres investissements en matière de transport et autres infrastructures.

Le gouvernement fédéral ne peut tout simplement pas agir seul. De même, le gouvernement québécois doit prendre entente avec les municipalités, notamment en matière de transport en commun, parce que les organisations municipales seront chargées de la gestion et de l’opération des infrastructures mises en place. La coopération est une nécessité absolue pour maintenir la croissance économique du Québec et ainsi, du Canada.

Le Québec a souvent accusé d’importants retards dans l’utilisation des fonds fédéraux dédiés aux infrastructures, en particulier ceux affectés aux travaux dans les municipalités.  Le scénario se répète régulièrement : alors que dans plusieurs grandes villes du Canada, d’importants travaux de transport sont déjà en chantier, le Québec est toujours à la table des négociations. Il y a, aux yeux d’un gouvernement ou de l’autre, une clause qui dérange, une interprétation divergente des modalités du programme, un retard dans la transmission des demandes, une information qui manque à l’égard d’un projet, bref, un os quelque part.  Pendant la récente crise des inondations, nous avons appris l’existence d’un programme d’infrastructures Investir dans le Canada dédié au  renforcement de la capacité structurelle d’adaptation aux effets des changements climatiques. Plusieurs provinces s’en seraient prévalues, mais pas le Québec… qui en a pourtant grand besoin, comme on vient de le constater.

Après des années de relations de cette sorte, on devrait tirer des leçons de ces va-et-vient qui retardent les projets.  La réalisation du réseau structurant de transport en commun à Québec ne devrait pas, par exemple, faire les frais d’une divergence sur l’interprétation des critères entourant un programme de financement. Le prolongement de l’autoroute 19 étant attendu depuis des décennies sur la Rive-Nord de Montréal; procéder cette semaine à la énième annonce, cette fois sans la présence du gouvernement du Québec, n’était pas propice à entretenir des liens étroits entre les deux acteurs décisionnels.

La FCCQ ne cherche pas un coupable des tensions entre les deux ordres de gouvernement. Comme de nombreux Québécois, elle s’en désole cependant.  Elle lance donc, aux deux gouvernements, un appel au pragmatisme et à l’apaisement.

Il faut que la préoccupation économique prime sur les considérations plus juridiques. Il faut aussi que les pourparlers fédéraux-provinciaux soient davantage transparents. Si nos concitoyens savaient exactement sur quel détail un projet d’entente bloque, une solution serait plus rapidement trouvée.  Il faut sortir de la dynamique d’affrontement sur les clauses de programmes.

Osons le pragmatisme pour hâter la réalisation des projets dont le Québec a un urgent besoin.

À propos de Stéphane Forget, MBA, ASC
Président-directeur général

Stéphane Forget est président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec. À la FCCQ depuis 2014, il a d’abord occupé le poste de vice-président, Stratégie et affaires économiques. Auparavant à la Société de transport de Montréal (STM), il a agi à titre de directeur exécutif, Relations externes et planification stratégique ainsi qu’à titre de directeur, Coordination des dossiers stratégiques.

Précédemment, il a cumulé une vaste expérience des affaires gouvernementales et publiques, occupant diverses fonctions au sein de la Ville de Montréal, dans le monde associatif,  à la Société Radio-Canada et au gouvernement du Québec.

Il est détenteur d’une maîtrise en administration des affaires (MBA) de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal  (ESG-UQAM) et d’un certificat en droit de l’Université de Montréal. Au printemps 2019, il a obtenu la désignation d’administrateur de sociétés certifié (ASC).

Monsieur Forget est membre du Conseil et du comité exécutif de la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT), membre du Conseil d’administration de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et membre du Comité consultatif du travail et de la main d’œuvre (CCTM).

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