Publié dans Lettres ouvertes

Nouveau conflit du bois d’œuvre : C’est tout le Québec qui sera touché

Par Stéphane Forget, MBA, ASC
Président-directeur général

Malgré les avancées positives issues de la rencontre entre le premier ministre Justin Trudeau et le président Barack Obama, tout porte à croire que le Canada et les États-Unis s’engageront dans un nouveau conflit sur le bois d’œuvre. En l’absence d’accord, il apparaît inévitable qu’une taxe frappera sous peu l’entrée de nos produits forestiers aux États-Unis. L’industrie québécoise risque ainsi d’être pratiquement éjectée du marché américain.

Les impacts de ce nouveau conflit ne se limiteront pas aux régions. L’industrie forestière est le premier secteur manufacturier au Québec en termes d’emplois directs avec 60 000 emplois dont 20 000 proviennent exclusivement du domaine du sciage. Cette industrie est présente dans 225 municipalités québécoises et génère 8 milliards $ d’exportation, dont 1 milliard $ est attribuable au bois d’œuvre. À la lumière de ces données, il est clair que c’est toute l’économie du Québec qui sera touchée par le conflit qui se dessine. En termes de valeur, le conflit du bois d’œuvre entre le Canada et les États-Unis est la plus importante guerre commerciale au monde, et le Québec est directement touché, plus durement que l’Ouest canadien.

En 35 ans, ce sera la 5e fois que le Canada et les États-Unis seront en conflit ouvert sur le bois d’œuvre. À chaque fois, les États-Unis ont prétendu que l’industrie québécoise était subventionnée et que la concurrence était de ce fait déloyale. À chaque fois, les tribunaux internationaux ont donné raison au Canada. À la suite du dernier litige, le Québec s’est doté d’un nouveau système de mise en marché du bois qui permet à la fois de mieux gérer la ressource et de rendre nos pratiques conformes aux exigences américaines. L’issue de ce nouveau conflit est déjà écrite. Il y a tout lieu de croire que l’on donnera à nouveau raison au Canada. Mais ce sera long.

Ce nouveau conflit fera mal. C’est certain. Malgré cette nouvelle plainte des Américains, nous croyons que les négociations doivent se poursuivre afin d’en venir rapidement à un accord qui tiendra compte de notre nouveau régime forestier et qui maintiendra une exclusion pour certaines scieries québécoises situées près de la frontière américaine qui s’approvisionnent presque exclusivement dans les forêts du Maine.

Se serrer les coudes
Au cours des dernières années, le secteur forestier québécois a effectué un virage remarquable. C’est une de nos industries qui contribue le plus à notre balance commerciale. Elle est pleinement tournée vers le développement durable, 90 % de la forêt québécoise étant certifiée. C’est une industrie d’innovation; du bioraffinage aux bioproduits, on ne cesse de trouver de nouveaux usages à la fibre de bois dans des créneaux parmi les plus porteurs. Dans quelques jours se tiendra le Forum Innovation Bois mis de l’avant par le gouvernement du Québec qui vise à reconnaître l’apport du secteur forestier dans le développement d’une économie verte. Car malgré les embûches, c’est un secteur dynamique. Il y a de l’avenir dans notre forêt et le secteur forestier demeure l’une des grandes forces de l’économie québécoise.

Pendant ce temps, l’industrie poursuivra ses efforts d’amélioration, d’innovation. Elle continuera de diversifier ses marchés. Mais l’aide gouvernementale sera nécessaire. Il est impératif que le gouvernement fédéral mette sur pied un programme de prêts et de garanties de prêt, pour traverser le conflit, protéger les emplois, maintenir les opérations. C’est le temps de se serrer les coudes, car c’est tout le Québec qui est touché.

 

M. Jean-Pierre Boivin, président, Alliance Forêt Boréale; M. François Vaudreuil, président, Centrale des syndicats démocratiques (CSD); M. André Tremblay, président-directeur général, Conseil de l’industrie forestière du Québec (CIFQ); M. Yves-Thomas Dorval, président-directeur général, Conseil du patronat du Québec (CPQ); M. Alain Lampron, président, Fédération de l’industrie manufacturière CSN; M. Richard Lehoux, président, Fédération québécoise des municipalités (FQM); M. Éric Tétrault, président, Manufacturiers et Exportateurs du Québec (MEQ); M. Alexandre Cusson, premier vice-président, Union des municipalités du Québec; M. Renaud Gagné, directeur québécois, Unifor Québec – FTQ

À propos de Stéphane Forget, MBA, ASC
Président-directeur général

Stéphane Forget est président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec. À la FCCQ depuis 2014, il a d’abord occupé le poste de vice-président, Stratégie et affaires économiques. Auparavant à la Société de transport de Montréal (STM), il a agi à titre de directeur exécutif, Relations externes et planification stratégique ainsi qu’à titre de directeur, Coordination des dossiers stratégiques.

Précédemment, il a cumulé une vaste expérience des affaires gouvernementales et publiques, occupant diverses fonctions au sein de la Ville de Montréal, dans le monde associatif,  à la Société Radio-Canada et au gouvernement du Québec.

Il est détenteur d’une maîtrise en administration des affaires (MBA) de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal  (ESG-UQAM) et d’un certificat en droit de l’Université de Montréal. Au printemps 2019, il a obtenu la désignation d’administrateur de sociétés certifié (ASC).

Monsieur Forget est membre du Conseil et du comité exécutif de la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT), membre du Conseil d’administration de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et membre du Comité consultatif du travail et de la main d’œuvre (CCTM).

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