Publié dans Lettres ouvertes

Maintenir les travailleurs au chantier de la Davie

Par Stéphane Forget, MBA
Président-directeur général

En marge du Sommet d’affaires B7, en janvier dernier à Québec, le premier ministre Justin Trudeau avait salué le « très beau travail » accompli par les travailleurs du chantier maritime Davie. Du même souffle, il affirmait que les négociations pour de nouveaux contrats pour le chantier de Lévis allait débuter « dès le lendemain ».

Huit mois plus tard, les travailleurs de la Davie attendent encore des nouvelles d’Ottawa.

Pourtant, l’industrie de la construction navale québécoise crée plus de 1 400 emplois directs partout au Québec, selon une étude de 2014[1], soit 12 % des emplois maritimes, et verse plus de 71 millions de dollars en salaire. Ceci, sans parler des emplois chez les fournisseurs des sept chantiers maritimes québécois, qui créent eux aussi des emplois de qualité partout au Québec.

Des besoins réels dans l’industrie maritime

Un joueur important en construction navale, le Chantier Davie Canada de Lévis, a présenté au gouvernement fédéral, il y a déjà deux ans, le projet Resolute visant la conversion de brise-glaces commerciaux. Ce projet permettrait à la Garde côtière canadienne d’acquérir rapidement trois navires pour pallier au vieillissement de sa flotte, dont la moyenne d’âge est de plus de 35 ans.

Même s’il faut reconnaître que des négociations peuvent parfois prendre du temps, au moment des déclarations encourageantes du premier ministre, le temps manquait malheureusement déjà. Quelques semaines plus tôt, faute de contrats, des centaines d’emplois de la Davie ont subi les contrecoups de la fin des travaux du navire de ravitaillement Astérix, livré avec succès à l’intérieur des échéanciers et des coûts estimés.

D’autres projets seront complétés à l’automne, notamment avec la Société des traversiers du Québec (STQ), mais si aucun nouveau contrat n’est conclu d’ici là, il sera assurément difficile de sécuriser ces emplois importants, bien rémunérés.

Des emplois de qualité, qu’il faut maintenir au Québec

Dans un contexte de rareté de la main-d’œuvre, notamment dans l’industrie maritime, l’absence de développements pour assurer des contrats augmente non seulement l’incertitude, mais complexifie également le maintien du savoir-faire à la Davie, expertise pourtant reconnue par le premier ministre Trudeau et qu’il faut conserver au Québec. Plusieurs procédés du chantier de Lévis nécessitent l’embauche et le maintien en emploi de travailleurs spécialisés capables de manœuvrer des technologies de pointe. Ces travailleurs spécialisés, avec leur expertise particulière et pour plusieurs, leurs nombreuses années d’expérience sur des projets maritimes, ne doivent pas être obligés d’accepter un emploi ailleurs qu’ici.

Selon les 906 fournisseurs provenant des quatre coins du Québec, ce sont près de 1 000 emplois qui ont déjà été perdus au cours des derniers mois, parmi cette sous-traitance fort nécessaire aux travaux de la Davie, faute de contrats. Le projet Resolute permettrait certes de combler des besoins importants à court terme, mais le gouvernement fédéral doit prévoir une stratégie à plus long terme permettant une meilleure prévisibilité pour nos chantiers maritimes québécois, afin qu’ils puissent assurer un plein emploi au sein de leur entreprise.

Après tout d’ici 2030, le Canada devra développer et maintenir des actifs pour sa flotte navale, au coût de près de 12 milliards de dollars. La vétusté de nos brise-glaces, victimes de leur âge, affecte l’efficacité de nos corridors maritimes depuis plusieurs années et cela menace l’efficacité de nos échanges commerciaux en temps hivernal.

Le premier ministre Trudeau, qui affirmait en janvier dernier que « le travail qui se fait à la Davie est exceptionnel, que la qualité de la main-d’œuvre, l’expertise, la capacité de livrer à temps et dans le budget, c’est extrêmement important et reconnu pour la Davie », démontre par ses affirmations qu’il n’y a pas de raison de retarder davantage l’octroi des contrats à la Davie pour la conversion des navires. Il faut maintenant plus que des mots, c’est-à-dire des actions concrètes et une stratégie à long terme, car ce sont les familles des travailleurs, de même que les entreprises qui bénéficient des retombées économiques du chantier maritime, qui en dépendent. L’économie québécoise doit obtenir sa juste part des contrats de la Stratégie nationale de construction navale.

[1] Étude d’impact économique pour le Québec de dépenses d’exploitation liées aux activités de l’industrie maritime au Québec pour l’année 2013-2014, Institut de la Statistique du Québec

À propos de Stéphane Forget, MBA
Président-directeur général

Stéphane Forget est entré en fonction en tant que président-directeur général de la FCCQ en octobre 2016. Il s’est joint à la FCCQ en 2014, au poste de vice-président, Stratégie et affaires économiques. Auparavant à la Société de transport de Montréal (STM), il a agi à titre de directeur exécutif, Relations externes et planification stratégique, ainsi qu’à titre de directeur, Coordination des dossiers stratégiques.

Dans le cadre de ses fonctions à la FCCQ, M. Forget est membre du Conseil d’administration et du comité exécutif de la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT), membre du Conseil d’administration de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), membre du Comité consultatif du travail et de la main d’œuvre (CCTM).

Précédemment, il a cumulé une vaste expérience des affaires gouvernementales et publiques, occupant diverses fonctions au sein de la Ville de Montréal, dans le monde associatif, à la Société Radio-Canada et au gouvernement du Québec. Il est détenteur d’une maîtrise en administration des affaires (MBA) de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal (ESG-UQAM) et d’un certificat en droit de l’Université de Montréal.

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