Publié dans Lettres ouvertes

L’investissement étranger : le Québec en concurrence permanente

Au Québec, près du quart de l’investissement privé non résidentiel est assuré par des capitaux étrangers (9,2 milliards $ en 2012), principalement pour la réalisation de projets présentés par des filiales d’entreprises multinationales qui ont déjà des activités au Québec. En plus des capitaux, ces projets amènent des nouvelles technologies et ouvrent de nouveaux marchés.

Ce sont généralement les dirigeants québécois de ces entreprises qui présentent au conseil d’administration de la multinationale des projets d’investissement au Québec. Chaque fois, quel que soit le domaine d’activités, les grands gestionnaires québécois doivent livrer concurrence à d’autres régions du monde qui, elles aussi, bataillent pour obtenir leur part d’investissement. C’est finalement le meilleur projet qui gagne, celui qui présente les risques les moins élevés et les meilleures perspectives de rentabilité.

Depuis un certain temps, plusieurs hauts dirigeants québécois qui participent aux réunions du conseil d’administration de diverses sociétés multinationales témoignent de l’inscription à l’ordre du jour de ces réunions d’un point intitulé What’s wrong with Quebec. C’est particulièrement vrai dans les secteurs des mines, de l’énergie, des sciences de la vie et des finances. Les investisseurs ne comprennent plus les messages du gouvernement et s’en inquiètent. Comment interpréter les nouvelles initiatives du gouvernement sur la fiscalité? Quelles seront les procédures d’autorisation des projets? Est-ce que l’on peut encore estimer le rendement potentiel sur l’investissement à moyen et long termes, comme on le fait ailleurs dans le monde? Quels sont les nouveaux facteurs d’incertitude et quand seront-ils levés?

Lorsque « la situation au Québec » apparaît pour la deuxième ou la troisième fois à l’ordre du jour, les gestionnaires québécois se retrouvent sur la défensive. Leur projet devient moins clair, des doutes additionnels surgissent aux yeux des investisseurs qui ont justement sur leur table des projets dans d’autres régions du monde. Les investissements sont d’abord retardés puis dirigés vers d’autres pays.

On a tort de croire que le Québec détient des réserves uniques de minéraux, une main-d’œuvre ultraspécialisée et un régime fiscal extraordinairement attrayant, ce qui rendrait les investissements inévitables. Il est évident que les investisseurs ont le choix. Bien sûr, le Québec est une société développée; ses normes environnementales et les conditions de travail en vigueur ici sont celles des pays industrialisés, i.e. parmi les plus élevées au monde. Les investisseurs savent qu’on ne fera pas de compromis là-dessus et ils ne demandent rien de tel. Mais ils exigent des règles du jeu claires et prévisibles. Lorsque le gouvernement présente une loi sur les mines qui comporte près de 150 pouvoirs discrétionnaires accordés au ministre, il systématise l’incertitude. On ne voit ça nulle part ailleurs dans le monde.

Chaque investissement qui va ailleurs nous fait rater des occasions de nous enrichir, de créer des emplois (parmi les plus payants) et de contribuer à l’amélioration des finances publiques.

Nous avons de grandes ambitions dans les programmes sociaux. Pour en assurer la pérennité, il faut que nous ayons aussi des ambitions économiques.

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