Publié dans Lettres ouvertes

L’innovation dérange mais …

Nous voulons tous une société plus innovante et entrepreneuriale. Mais quand une entreprise arrive avec une technologie supérieure ou un modèle économique innovateur, elle vient forcément menacer les joueurs établis. La tentation pour ceux-ci est alors de s’accrocher à la réglementation comme à une bouée. La santé, la sécurité ou un intérêt public discutable deviennent des prétextes pour maintenir les vielles façons de faire.

Dans l’industrie du taxi, les chauffeurs (et leur voiture) perdent une bonne partie de leur temps à attendre des clients. Uber arrive avec une technologie qui permet un modèle économique plus efficient : avec le « covoiturage », l’offre gonfle et se contracte selon les fluctuations de la demande. Les clients affluent, les chauffeurs occasionnels aussi. L’industrie du taxi se plaint à raison que ces derniers échappent aux permis et règlements coûteux auxquels elle est assujettie.  Parce qu’ils feraient du « transport illégal », le Bureau du taxi les pourchasse et saisit leurs voitures. De braves gens qui essaient de gagner un peu d’argent passent pour des criminels. Non ! Nous devons saluer ces micro-entrepreneurs qui essaient de rentabiliser leur temps libre et leur voiture sous-utilisée.

Certes, Uber doit payer ses taxes et les chauffeurs occasionnels devraient eux aussi être assurés. Mais il faut surtout alléger la réglementation du taxi pour l’adapter à une innovation bienvenue, au lieu de s’en servir pour essayer de perpétuer un modèle dépassé, fondé sur la restriction de l’offre. Sus aux chasses gardées !

Oui, la valeur des permis va encore baisser. Mais la solution n’est pas de lutter contre le progrès. Essayons plutôt d’élargir le rôle des taxis traditionnels dans des marchés alternatifs comme le transport adapté et le transport collectif (taxibus).

Dans l’immobilier, DuProprio met en lien vendeurs et acheteurs sans intermédiaire. L’entreprise rogne dans le marché des courtiers. Ces derniers répliquent : leur publicité évoque les dangers qui guettent les particuliers qui osent se passer d’eux. L’Organisme d’autoréglementation du courtage immobilier a poursuivi DuProprio, mais a perdu en cour. Tant les tribunaux que le marché ont donné raison au challenger. L’industrie devra s’adapter, la réglementation aussi.

iTunes, Netflix et les distributeurs de vidéo sur Internet offrent aux consommateurs ce qu’ils désirent : ne payer que pour ce qu’ils veulent vraiment voir. Par contre, les télédistributeurs réglementés incluent dans leurs forfaits des chaines s’adressant à des auditoires restreints. Ces chaines créent de l’ouvrage pour l’industrie de la télévision, un modèle qui engendre une offre surdimensionnée. Sans surprise, les grands joueurs traditionnels perdent des clients au profit des challengers. La réglementation tente de mieux s’adapter aux préférences des consommateurs, mais peut-être encore trop timidement.

Uber participe à l’économie du partage. DuProprio fait dans la désintermédiation, un phénomène qui a déjà transformé l’industrie des voyagistes et du courtage de valeurs mobilières. iTunes fait dans le dégroupage (« unbundling »). Voilà trois phénomènes transformateurs, appréciés des consommateurs, mais qui détruisent en même temps la rentabilité des joueurs traditionnels. C’est triste pour les perdants, mais si nous sommes vraiment pour l’innovation, c’est le prix à payer. L’économiste Schumpeter a appelé cela la « destruction créatrice ».

Il existe parfois, mais pas toujours, des objectifs de santé ou de sécurité ou d’intérêt public qui justifient de brider une entreprise innovante. Cependant, nous devons mieux distinguer les objectifs légitimes des simples intérêts corporatistes des joueurs en place. Inutile de lutter contre des innovations appréciées des consommateurs ; ce serait une mauvaise idée de forcer les innovateurs à se conformer aux vielles façons de faire. Mieux vaut alléger le fardeau réglementaire des joueurs traditionnels.

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