Publié dans Lettres ouvertes

L’exception canado-québécoise

Par Stéphane Forget, MBA, ASC
Président-directeur général

Aux États-Unis le candidat Trump surprend, le Royaume-Uni a voté pour le Brexit, en France le Front National fait mouche. Dans trois pays leaders de l’Occident, les partisans du repli du soi commercial ou identitaire ont le vent dans les voiles.

Le courant du repli commercial voit le libre échange des biens davantage comme une menace aux emplois traditionnels qu’une opportunité de croissance pour les entreprises locales ambitieuses. Le courant du repli identitaire voit l’immigrant comme une menace à l’identité nationale plutôt qu’un apport au tissu culturel.

À côté de cette vague d’opinion qui traverse ces trois pays phares, le Québec et le Canada font figure d’exception. Bien sûr, les courants du repli existent dans toutes les sociétés, y compris chez nous. Mais il reste qu’aucun parti politique, aucun syndicat, aucune association patronale, que soit à l’échelle québécoise ou canadienne, ne s’est encore mis à préconiser une révocation des ententes commerciales ou une halte à l’immigration.

Il nous arrive de nous désoler en nous comparant. Cette fois nous pouvons être fiers !

Mais cette fierté ne doit nous rendre ni complaisants, ni insensibles. Dans la sphère économique, rappelons-nous que les accords commerciaux ont permis à de nombreuses entreprises québécoises d’exporter davantage et se développer. Pour certaines, les accords leur ont permis de se protéger du protectionnisme étranger.  Par exemple, c’est grâce à l’Accord sur le bois d’œuvre avec les États-Unis que notre industrie forestière résiste aux pressions protectionnistes émanant des régions productrices de bois d’œuvre aux États-Unis. Ici, les producteurs québécois sont objectivement alliés avec les industries consommatrices de bois d’œuvre aux États-Unis, lesquelles désirent maintenir leur accès au bois canadien.

Cet exemple nous rappelle le bénéfice négligé des ententes commerciales : l’augmentation du pouvoir d’achat des consommateurs. On déplore parfois la perte d’une usine locale dont le mandat de production est délocalisé vers un endroit où les salaires sont inférieurs. Il s’agit là bien sûr d’un choc pour les travailleurs et leur communauté. Mais il faut aussi se rappeler que les ménages peuvent de nos jours acheter des produits à moindre coût, en dollars constants, qu’avant la mondialisation des marchés. Pensons aux électroménagers par exemple. L’argent que nous économisons sur les biens importés, nous le dépensons quand même, ailleurs dans l’économie locale.

Tout comme pour l’ALÉNA, l’accord en gestation entre le Canada et l’Union européenne fera aussi des gagnants et des perdants chez les producteurs des deux côtés de l’Atlantique. En revanche, tous les consommateurs, canadiens et européens, gagneront au change.

Il y a une leçon à tirer de la vague protectionniste dans nos trois pays de référence : certes il faut réaffirmer les bénéfices du commerce international, mais ce n’est pas suffisant. Pour éloigner le spectre du repli sur soi, nous devons aussi offrir de meilleures perspectives aux perdants de l’abaissement des barrières. En particulier les travailleurs dont les emplois sont supprimés par des importations à meilleur coût.

Par chance, nous entrons dans une époque où le principal défi sur le plan de la gestion de la main-d’œuvre sera de combler les postes laissés vacants par les départs à la retraite. Ces postes exigent des compétences souvent différentes de celles des travailleurs menacés par les importations. Notre défi collectif sera de les persuader, par un mélange de discours social, de formation et d’aide financière, que leur salut se trouve dans la mobilité professionnelle ou géographique, autrement dit dans leur adaptation, plutôt que dans une lutte pour revenir au protectionnisme d’antan.

À propos de Stéphane Forget, MBA, ASC
Président-directeur général

Stéphane Forget est président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec. À la FCCQ depuis 2014, il a d’abord occupé le poste de vice-président, Stratégie et affaires économiques. Auparavant à la Société de transport de Montréal (STM), il a agi à titre de directeur exécutif, Relations externes et planification stratégique ainsi qu’à titre de directeur, Coordination des dossiers stratégiques.

Précédemment, il a cumulé une vaste expérience des affaires gouvernementales et publiques, occupant diverses fonctions au sein de la Ville de Montréal, dans le monde associatif,  à la Société Radio-Canada et au gouvernement du Québec.

Il est détenteur d’une maîtrise en administration des affaires (MBA) de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal  (ESG-UQAM) et d’un certificat en droit de l’Université de Montréal. Au printemps 2019, il a obtenu la désignation d’administrateur de sociétés certifié (ASC).

Monsieur Forget est membre du Conseil et du comité exécutif de la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT), membre du Conseil d’administration de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et membre du Comité consultatif du travail et de la main d’œuvre (CCTM).

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