Publié dans Billets de blogue

Les femmes dirigeantes de chambres de commerce à l’honneur

Elles ont en commun leur ténacité, la volonté de se démarquer par leurs projets et surtout un pouvoir d’influence considérable. Sans boussole, elles ont navigué sur les flots de la pandémie en gardant le cap sur l’objectif : aider les entrepreneur.es à surmonter leur lot d’épreuves. Portrait de cinq leaders à la barre d’une Chambre de commerce dans différentes régions du Québec.


De gauche à droite : Johanne Côté, DG de la Chambre de commerce de Charlevoix, Cynthia Kabis, DG de la Chambre de commerce Thérèse-De Blainville, Stéphanie Brodeur, DG de la Chambre de commerce et d’industrie de la Rive-Sud, Sandra Rossignol, DG de la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le fjord et Marie-Josée Morency, DG de la Chambre de commerce de Lévis.

  • Johanne Côté, Chambre de commerce de Charlevoix 

L’audace de créer une première monnaie régionale 

Visionnaire, audacieuse et déterminée, la directrice générale de la Chambre de commerce de Charlevoix Johanne Côté mobilise la population grâce à la « chouenne », une monnaie disponible dans 13 municipalités de la région. Une première.

Le projet, lancé en novembre 2021 et financé en partie par la FCCQ, permet de contrer le commerce en ligne, mais aussi le magasinage vers Québec. « Nous souhaitons développer le maillage entre les entreprises afin qu’elles achètent leurs biens et services dans Charlevoix. Cela permet à l’argent de rester dans la région », explique Mme Côté.

La chouenne en référence au dialecte local est populaire auprès des consommateurs désireux de réduire leur empreinte environnementale. Une façon d’exprimer aussi leur soutien aux commerçants qui ont fait preuve de résilience depuis deux ans.

À l’heure actuelle, plus de 300 000 $ de chouennes circulent dans l’économie de Charlevoix et le but est d’atteindre 500 000$.

Ancienne propriétaire d’une agence de communications à Montréal, Mme Côté est venue s’établir à Charlevoix en 2005, en raison d’un coup de cœur pour la beauté des paysages et de son extraordinaire terroir.

En 2014, elle décide de poser sa candidature pour le poste de DG de la Chambre de commerce, même si elle ne connait pas tout le monde, confie-t-elle aux membres du CA. Au fil du temps, elle transforme cette faiblesse en une force en s’inspirant du proverbe adapté à sa situation : « Elle ne savait pas que c’était impossible alors elle l’a fait. »

À son arrivée, l’organisme compte 230 membres et cumule un déficit de 55 000 $. En 10 ans, la Chambre de commerce de Charlevoix investit dans la création d’événements suscitant la fierté : le « Gala Charlevoix Reconnaît » célèbre avec glamour le succès des entrepreneurs; le Carrefour d’affaires rassemble les entrepreneur.es lors d’un Salon annuel.

De telles initiatives ravivent la crédibilité de l’organisme qui recense aujourd’hui quelque 400 membres et un surplus financier de 35 000 $.

À l’occasion de la Journée internationale des femmes, Johanne Côté nous confie :
« Je n’ai jamais pensé qu’être une femme soit un handicap, un frein ou une force. J’ai juste avancé dans la vie; je n’ai aucun mérite. »

« Il faut regarder le positif et montrer de beaux modèles féminins qui réussissent dans des métiers non traditionnels ou à la tête d’entreprise. Petit à petit, les filles vont s’identifier à elles et auront envie de suivre leurs traces », conclut-elle.


  • Cynthia Kabis, CCITB – Thérèse-De Blainville

Une décennie consacrée au succès des entreprises

À 26 ans, Cynthia Kabis accède au poste de directrice générale de la Chambre de commerce et d’industrie Thérèse-De Blainville (CCITB). Sa mission : tripler le nombre de membres et atteindre la parité. Dix ans plus tard, elle a réussi grâce à sa détermination, son sens de l’organisation et sa vision.

« J’avais peu d’expérience, mais beaucoup de volonté et de motivation », raconte la jeune femme, détentrice, à l’époque, d’un baccalauréat en marketing international. Elle possède aussi de l’expérience à titre de chargée de projets à la CCITB et au sein du Regroupement des jeunes chambres de commerce.

Aujourd’hui, beaucoup de jeunes femmes hésitent à accepter une promotion. On appelle cela le syndrome de l’imposteur. « Il faut oser prendre notre place et se faire confiance », raconte-t-elle en souriant. Au fil des années, Cynthia Kabis a acquis cette précieuse confiance en entreprenant un MBA tout en travaillant à temps plein. Chaque année, un mentor l’aide à atteindre ses buts.

Propulser le succès

Dès son arrivée en poste, elle a déterminé un modèle d’affaires. « Notre raison d’être, explique-t-elle, c’est de propulser le succès des entreprises d’ici par l’entremise de 4 volets : connecter, informer, évoluer et mobiliser. »

La dirigeante de la CCITB a développé des formations et conférences en fonction des besoins de ses membres. Un magazine recense aussi leurs succès en affaires.

Il y a 10 ans, la Chambre comptait environ 15 à 20 % d’entreprises au féminin. « Nous avons décidé de rassembler des femmes entrepreneures afin de connaitre leurs besoins et déterminer des conférences et formations qui s’adressent spécifiquement à elles », précise la jeune DG.

Aujourd’hui, la CCITB recense 1000 membres dont la moitié sont des femmes. De plus, sur le territoire des 7 municipalités de Boisbriand, Rosemère, Sainte-Anne-des-Plaines, Bois-des-Filion, Lorraine, Sainte-Thérèse et Blainville, on assiste à un essor de l’entrepreneuriat au féminin. « Dans notre réseau industriel, la moitié des dirigeantes sont des femmes », observe-t-elle.

En entrevue, la dirigeante de la CCITB évoque le dévouement et la fidélité de son équipe, en majorité féminine, durant la pandémie et encore ces jours-ci. « Je suis émue de leur engagement, car plusieurs d’entre elles avaient des enfants à la maison. Parfois, les valeurs dans une entreprise sont écrites sur papier. Chez nous, on les a vécues de façon réelle, soit l’entraide, la communication, la collaboration et la passion. »

« C’est dans les situations de crise, ajoute-t-elle, qu’on peut voir à quel point les gens sont passionnés et engagés. Ils ont la CCITB tatouée sur le cœur. »


  • Stéphanie Brodeur, CCIRS – Rive-Sud

Allumer une étincelle  

Au cours des deux dernières années, la directrice générale de la Chambre de commerce et d’industrie de la Rive-Sud (CCIRS) Stéphanie Brodeur a réussi à attiser la curiosité de ses 1400 membres en présentant une série de formations et conférences touchant une variété d’enjeux.

« Une Chambre de commerce, cela sert en quelque sorte à planter des graines. Nos événements virtuels ont contribué à faire réfléchir sur les stratégies d’affaires ou le recrutement, et moi-même, j’ai beaucoup appris », explique la jeune femme qui a été finaliste « Cadre de l’année » au Gala des chambres de commerce de la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ), en 2020.

Ancienne coordonnatrice de production pour une émission quotidienne à TVA, elle décide en 2013 de relever un nouveau défi en travaillant comme chargée de projets à la CCIRS, le troisième plus important réseau de gens d’affaires au Québec.

L’ancienne directrice de la Chambre, Hélène Bergeron lui a appris le métier et trois ans plus tard, elle lui succède. « J’avais peur de faire le saut, confie-t-elle, je ne connaissais pas la gouvernance ni la gestion de ressources humaines. »

Le soutien inconditionnel des membres de son conseil d’administration lui a donné des ailes pour entreprendre des formations en communication, en ressources humaines. « Aujourd’hui, dit-elle, je n’ai plus le syndrome de l’imposteur. J’ai pris ma place. »

Au début de la pandémie, Stéphanie Brodeur a jonglé avec la préparation de différents scénarios pour la gestion de l’organisme. « Il n’a jamais été question pour moi de perdre un ou une employée :  nous sommes une équipe et on va s’en sortir en équipe. »

Le personnel, chacun chez soi, a continué de faire avancer les projets ou l’ajout de nouveaux membres. « La Chambre va bien et on a hâte d’organiser des événements en présentiel », ajoute-t-elle.

Surmonter les épreuves en équipe

En juin 2021, Stéphanie Brodeur et son équipe perdent une amie et collègue dans un contexte des plus difficiles. Lisette Corbeil fut la 12ème femme victime de féminicide au Québec. Ce drame lui a permis de prendre conscience du nombre élevé de femmes victimes de violence au Québec.

« Récemment, nous avons présenté une conférence sur les relations toxiques ».

Ses yeux bruns semblent s’éclairer. « Je suis inquiète pour nos filles, mais si une remarque de la conférencière Maryse Audet a pu allumer une étincelle ou encore faire une différence », conclut-elle sur un ton plus optimiste. Et à force de reconnaître le comportement des individus nocifs, peut-être viendra le jour, où ils ne seront plus tolérés dans les milieux de travail ni dans la vie personnelle.


  • Sandra Rossignol, CCISF – Saguenay-Le Fjord

Faire une différence dans son milieu  

Grâce à son talent de communicatrice, son charisme et sa créativité, la vice-présidente exécutive et directrice générale de la Chambre de commerce et d’industrie Saguenay-Le Fjord (CCISF), Sandra Rossignol rassemble depuis cinq ans les gens d’affaires.

« Ce qui m’anime, dit-elle, c’est le sentiment de faire une différence et de contribuer à l’évolution de mon milieu. »

L’ancienne journaliste se démarque par le développement de la 3e cohorte « Leadership au féminin », d’une durée de 6 mois qui porte sur différents enjeux dont sur la relation des femmes et l’argent.

Parallèlement au programme, Sandra réalise une série d’entrevues avec 10 femmes provenant du milieu économique, touristique et même politique. Diffusés à la télévision locale de Cogeco, ces entretiens sont une source d’inspiration.

Le meilleur de soi

La récente pandémie a été une bougie d’allumage pour la CCISF. La crise a permis de révéler le meilleur de soi particulièrement chez son équipe qu’elle qualifie d’exceptionnelle. Tous, y compris elle-même, ont démontré leur potentiel, leurs valeurs et leur capacité de rebondir et aussi de résilience.

« Il y a quatre ans, notre objectif était de devenir un incontournable du monde économique », précise-t-elle avec son enthousiasme contagieux.

La pandémie a permis de peser le pied sur l’accélérateur en élaborant des capsules informatives, rencontres virtuelles, webinaires avec des ministres influents. En 2021, une cinquantaine d’événements et 5 Rendez-vous économique ont été présentés.

Résultat ? La CCISF compte 1 012 membres, son plus haut taux d’adhésion depuis sa création en 1887. Son chiffre d’affaires a doublé passant de 400 000 $ à plus d’un 1 M$ en 2021-2022. « On a pris notre place et maintenant, il faut l’assumer, ajoute Sandra Rossignol. Nous travaillons beaucoup avec les autres Chambres de commerce du Saguenay Lac-Saint-Jean : on a tous à gagner d’être un réseau fort. »

Univers masculin

Le monde des affaires, à son avis, est encore majoritairement mené par des hommes. « Les femmes atteignent des postes de gestion de plus en plus élevés. C’est parfait. Cependant, des femmes entrepreneures, il n’en y a pas encore assez. »

« Les femmes assument encore les responsabilités familiales et se sentent coupables. C’est important de compter sur un conjoint puisse les appuyer afin qu’elles accèdent à des postes de haut niveau », dit-elle.

Maman de deux adultes de 23 et 24 ans, Sandra Rossignol adore son travail. Elle décompresse avec son amoureux à bord d’une motoneige ou en randonnée de ski de fond. « J’ai de la difficulté à m’arrêter, confie-t-elle, mais heureusement, j’ai un conjoint qui a le même rythme que moi », conclut-elle en riant et en me fixant de son regard bleu, malicieux.


  • Marie-Josée Morency, Chambre de commerce de Lévis

Rayonner dans la communauté  

La vice-présidente exécutive et directrice générale de la Chambre de commerce de Lévis, Marie-Josée Morency se démarque par son empathie, sa bienveillance et son sens de l’écoute auprès de la communauté des gens d’affaires. Son dévouement a été récompensé: l’organisme a reçu une médaille de l’Assemblée nationale à l’automne 2020.

Le prix souligne sa proactivité face à la pandémie. Dès le début de la crise, une cellule d’entraide a été mise en place auprès des commerçants, manufacturiers et industriels. Son équipe et elle-même ont pris la peine de communiquer avec eux. « On est là pour vous, comment ça va ? », leur demande alors Mme Morency.

Ce rapprochement avec la communauté d’affaires a permis de mieux cerner les besoins et de développer de belles initiatives, liées par exemple à la promotion de l’achat local ou de la santé mentale.

À l’automne, Marie-Josée Morency a organisé un premier gala économique en mode virtuel mettant en valeur les entreprises de la région de Chaudière-Appalaches. Un succès qui a permis de joindre 1000 personnes.

Détentrice d’un baccalauréat en communications, à 23 ans, elle a été propriétaire de deux stations d’essence avec dépanneur et lave-auto. Puis, à 40 ans, elle est appelée à diriger la Chambre de commerce et d’industrie du Saguenay-Le fjord durant 7 ans.

En 2017, sa famille décide d’effectuer un retour dans leur région d’origine, Québec. Deux ans plus tard, en 2019, la Chambre de commerce de Lévis l’a recrutée. « J’ai eu l’impression de recommencer ma carrière du début, confie-t-elle. Je me suis impliquée rapidement en développant de nouveau mon réseau. J’ai découvert que j’avais une grande résilience. »

Son optimisme l’aide à concevoir qu’une pandémie, c’est aussi une occasion d’opportunités.

Avec son équipe, en majorité en télétravail, elle est soucieuse de leur bien-être. L’hiver dernier, son personnel ressentait les méfaits de l’hyperconnectivité. « J’ai créé des moments blancs l’hiver et des moments verts, l’été afin que chacun puisse se ventiler le cerveau lors d’une marche ou d’une randonnée en ski de fond. »

Son initiative a eu un effet de contamination bénéfique sur le moral et la motivation de ses troupes.

Prix leadership au féminin

En cette journée internationale de la femme, Marie-Josée observe la présence d’un plus grand nombre de femmes dans les postes de gestion. Les femmes entrepreneures font de plus en plus leur place. À tel point qu’un prix leadership au féminin a été créé l’an dernier au Gala Les Pléiades. « Un comité a travaillé à cibler les femmes entrepreneures qui sont à la tête d’entreprises et peu connues dans leur milieu afin justement de les mettre en valeur. »

Une nouvelle tribune « entrepreneures en action » a aussi été ajoutée au calendrier. Un événement couronné de succès.

Depuis presque 3 ans, à la direction de la Chambre de commerce de Lévis, Marie-Josée Morency est particulièrement fière du travail accompli par l’équipe. La pandémie a permis de se concentrer davantage sur la mission. « Une Chambre de commerce, ce n’est pas juste du réseautage ou des événements. C’est aussi de faire rayonner nos membres, d’être présents pour eux et de bien les représenter », conclut-elle.

Pratiques RH tient à remercier ces femmes leaders qui accompagnent chaque jour les entrepreneur.es québécois.es.

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