Publié dans Lettres ouvertes

Le syndrome de la médecine à deux vitesses

par Françoise Bertrand (présidente-directrice générale de la Fédération des chambres de commerce du Québec) et les membres du comité Santé de la FCCQ

Au Québec et même au Canada, tous les politiciens considérés sérieux jurent qu’ils sont farouchement opposés à un système de santé à deux vitesses. La Fédération des chambres de commerce juge elle aussi inacceptable qu’une personne malade ne soit pas adéquatement soignée au Québec parce qu’elle n’a pas d’argent. Les services de santé de qualité doivent être accessibles à tous et dans des délais acceptables; c’est un droit fondamental.

Mais est-ce que tout doit se faire à la même vitesse ? Ce serait impossible de toute façon. Il y a des cas qui passent avant les autres parce qu’ils sont plus urgents. Le gouvernement fixe les délais d’attente qu’il juge raisonnable. On a vu que, dans de nombreuses situations, il ne réussit pas lui-même à faire respecter ces délais. Malgré tout, n’importe qui peut obtenir gratuitement dans le secteur public les traitements dont il a besoin… s’il a les moyens et la patience d’attendre.

Mais certains n’ont justement pas les moyens d’attendre; ils estiment que l’attente est trop coûteuse. C’est notamment le cas des personnes malades ou accidentés qui ont une assurance privée ou qui sont couverts par la CSST. Ces personnes peuvent obtenir un traitement plus rapide, en ayant recours à des services privés de santé.

D’autres personnes choisissent délibérément de payer pour un service accéléré. Les actes médicaux qu’ils obtiennent ne diffèrent pas vraiment de ceux qui sont rendus aux autres patients dans le secteur public. Mais ils sont accessibles plus rapidement.

Faut-il condamner ces parcours différents ? À qui rend-ton service en combattant cette contribution du secteur privé ? On devrait au contraire saluer sa performance. Plus le secteur privé accueille de patients, plus il libère des places dans le système privé, ce qui a pour effet de réduire les listes d’attente. En plus cela libère des fonds pour payer les services qui, autrement, auraient été dispensés par le régime public. Si on choisit une seule vitesse, ce sera nécessairement la plus lente et elle coûtera plus cher. Quand on nivelle, c’est toujours par le bas.

On ne manque pas de médecins et d’infirmières

Il fut un temps où, compte tenu du manque de médecins, on pouvait craindre que les actes médicaux posés dans les cliniques entièrement privées aient pour effet de diminuer la capacité du réseau public d’effectuer les mêmes interventions, faute de ressources spécialisées. Mais avec l’ajout de plus de 500 médecins au cours de la dernière année et l’arrivée des prochaines cohortes de médecins nouvellement formés dans les années à venir, cette crainte est dissipée. Désormais, la capacité en personnel est là.

D’ailleurs un nombre grandissant d’employés de la santé, surtout les infirmières, ne veulent pas travailler dans le secteur public, principalement à cause de l’organisation du travail. Ces infirmières auraient définitivement quitté la profession si elles ne pouvaient pas poursuivre leur carrière dans le secteur privé. Ce dernier accroît donc le personnel disponible.

Le secteur privé n’a aucunement l’ambition de gérer le système de santé au Québec. Mais il peut apporter une contribution significative pour faciliter l’accès au système public de santé sans menacer les principes d’universalité.

Il faut miser sur les forces respectives du public et du privé dans un même combat pour l’accès universel à des services de qualité… et pour chercher à accroître la vitesse partout.

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