Publié dans Lettres ouvertes

Le salaire minimum à 15$ : un raccourci simpliste

Par Stéphane Forget, MBA, ASC
Président-directeur général

Au cours des derniers mois, en pleine saison estivale, un débat a émergé au Québec : des syndicats, des partis politiques et des personnalités publiques ont récupéré l’idée d’augmenter fortement le salaire minimum à 15$ l’heure.

On apprenait également que le gouvernement du Québec préparerait un « plan pluriannuel » comportant des hausses du salaire minimum plus importantes que celles observées au cours des dernières années.

Pour mener ces discussions, la FCCQ croit qu’il faut réfléchir sérieusement et réalistement aux impacts d’une telle hausse sur notre économie et considérer l’ensemble des moyens à la disposition des gouvernements pour améliorer les conditions de vie des travailleurs au salaire minimum.

Il faut d’abord savoir qu’au Québec, le salaire minimum est révisé systématiquement chaque année. Pour ce faire, le gouvernement tient compte principalement de l’évolution du salaire industriel et de l’inflation. Il n’est pas souhaitable, pour le fonctionnement de l’économie, de geler le salaire minimum pendant plusieurs années, comme cela s’est fait dans les années 1980, pas plus que de le hausser de manière brusque et soudaine. Ce sont les grandes variables économiques qui doivent présider à déterminer le taux de salaire minimum et non pas la reprise, chez nous, d’un mouvement social américain.

Parmi les 212 000 employés rémunérés au salaire minimum au Québec en 2015, 61 % travaillaient à temps partiel et un autre 61 % avaient moins de 25 ans. Le salaire minimum a un impact très différent sur la capacité de subvenir aux besoins selon que vous êtes un adolescent occupant un emploi d’été, un étudiant vivant chez ses parents, une mère de trois enfants ou un travailleur âgé qui complète ses revenus de rente.

Porter le salaire minimum à 15$ l’heure, équivaut à l’augmenter de près de 40 %. À sa face même, aucune donnée économique ne justifie une telle hausse. Étaler cette hausse sur 3 ans, représenterait tout de même une augmentation annuelle de près de 12 %, soit bien au-delà de celle prévue pour les autres salariés au Québec et des hausses que négocient les centrales syndicales (voir le Tableau en annexe).

On fait valoir qu’un salaire minimum à 15$ l’heure permet de sortir de la pauvreté. Il s’agit là d’une vieille idée, qui est reprise périodiquement, mais qui s’avère fausse. Ce sont les programmes sociaux, les crédits d’impôt et la fiscalité que les gouvernements doivent utiliser pour lutter contre la pauvreté. Pas le salaire minimum.

Les mesures sociales et fiscales, comme la prime au travail, qui peuvent sans doute être bonifiées, tel que le recommandait la commission Godbout, peuvent améliorer la condition des travailleurs à faible revenu. L’utilisation du salaire minimum pour poursuivre cet objectif social aurait des effets pervers et déjà prévisibles.

En haussant le salaire minimum de 40 %, c’est tout l’éventail des salaires dans le marché du travail qui en subira l’impact, à terme, par le jeu des comparaisons. Nous nuirions alors à la compétitivité de nos entreprises dans les secteurs de l’économie exposés à la concurrence étrangère, comme le manufacturier, l’agriculture, les ressources naturelles et le tertiaire moteur.

Le salaire minimum existe depuis près d’un siècle, au Québec et presque partout en Amérique du Nord. À notre connaissance, il n’a jamais été déterminé en fonction d’un seuil de pauvreté. La raison est simple : le salaire associé à un emploi ne dépend pas du nombre de personnes à charge.

Selon l’économiste Pierre Fortin, le nombre de personnes (hommes, femmes et enfants) qui vivent sous le seuil de faible revenu défini par Statistique Canada a baissé de 40 % au Québec depuis 10 ans. Trois facteurs y ont contribué : la baisse du taux de chômage, la bonification des transferts gouvernementaux aux familles et des mesures sociales et enfin, le fait que le taux d’emploi et les salaires ont augmenté à un rythme particulièrement rapide pour les femmes. L’évolution du salaire minimum ne fait pas partie des causes principales de la réduction de la pauvreté au Québec.

En somme, c’est à l’amélioration des conditions de vie des travailleurs qui se trouvent au bas l’échelle que l’on doit travailler, pas à l’augmentation radicale du salaire minimum.

À propos de Stéphane Forget, MBA, ASC
Président-directeur général

Stéphane Forget est président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec. À la FCCQ depuis 2014, il a d’abord occupé le poste de vice-président, Stratégie et affaires économiques. Auparavant à la Société de transport de Montréal (STM), il a agi à titre de directeur exécutif, Relations externes et planification stratégique ainsi qu’à titre de directeur, Coordination des dossiers stratégiques.

Précédemment, il a cumulé une vaste expérience des affaires gouvernementales et publiques, occupant diverses fonctions au sein de la Ville de Montréal, dans le monde associatif,  à la Société Radio-Canada et au gouvernement du Québec.

Il est détenteur d’une maîtrise en administration des affaires (MBA) de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal  (ESG-UQAM) et d’un certificat en droit de l’Université de Montréal. Au printemps 2019, il a obtenu la désignation d’administrateur de sociétés certifié (ASC).

Monsieur Forget est membre du Conseil et du comité exécutif de la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT), membre du Conseil d’administration de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et membre du Comité consultatif du travail et de la main d’œuvre (CCTM).

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