Publié dans Lettres ouvertes

Le logo alimentaire : une fausse bonne idée

Par Stéphane Forget, MBA
Président-directeur général

Depuis des années, les nutritionnistes de plusieurs pays cherchent la formule magique pour alerter le consommateur que le produit alimentaire qu’il s’apprête à acheter pourrait lui causer des problèmes de santé ou de surpoids. Plusieurs choses ont été tentées : des logos, des alertes à l’image des feux de circulation, etc.  Santé Canada veut maintenant qu’un logo standard apparaisse sur le devant des produits alimentaires.  Il sera indiqué, sur ce logo, « Élevé en : gras saturés / sucres / sodium ». L’objectif visé est d’aviser, en un coup d’œil, le consommateur qu’il s’apprête à consommer un produit élevé en l’un ou plusieurs de ces trois nutriments. Ce logo sera le même pour tous les produits qui dépassent le seuil identifié par Santé Canada.

Tout cela est plein de bonnes intentions et il est même un peu gênant d’émettre des réserves, tant on a l’air de s’opposer à la lutte contre le surpoids ou les maladies chroniques.

Si ça marchait, ce serait merveilleux. Par une simple image, on éduquerait enfin les citoyens à la santé par l’alimentation. Mais comme le disait Mencken, « il existe pour chaque problème complexe une solution simple, directe et fausse ».

On dénombre des centaines de logos et les opinions les plus contradictoires circulent sur leur efficacité. En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, au terme d’une analyse neutre et exhaustive, a conclu que « les systèmes d’information nutritionnelle [logos] ne paraissent pas adaptés aux enjeux de santé publique que constituent surpoids et obésité, désordres métaboliques, maladies cardio-vasculaires et certains cancers. »

On ne peut classifier l’ensemble des aliments en deux catégories (les bons et les nettement moins bons).  C’est discriminatoire à l’égard de nombreux produits qui sont sains, même s’ils peuvent dépasser légèrement un seuil d’ingrédient moins désirable. Par exemple, plusieurs produits transformés à base de fruits (jus, compotes, etc.) contiennent naturellement du sucre. Avec ce nouveau logo, ceux-ci seraient désormais catégorisés « à haute teneur en sucre », ce qui inciterait les consommateurs à ne pas en acheter, même s’ils fournissent un apport important en minéraux (potassium), fibres et en vitamines. On pourrait multiplier les exemples, notamment avec les produits laitiers.

Nous ne sommes pas les seuls à y voir un problème.  Le logo chilien, qui a inspiré Santé Canada, a même été critiqué par les représentants du Canada à l’Organisation mondiale du commerce en 2014, 2015 et 2016. Vraisemblablement, la main gauche gouvernementale ignore ce qu’en dit la main droite.

Mettre en évidence la teneur en certains éléments qui présentent des risques particuliers en matière de surpoids est pertinent. Mais plutôt qu’un simple logo, pourquoi ne pas fournir des informations précises et nuancées, comme la teneur réelle en nutriments plus critiques, en gramme et en pourcentage d’apport quotidien, d’une portion d’un produit?  Ce serait plus complet, plus utile pour les consommateurs et plus respectueux des producteurs et les transformateurs alimentaires.

Il faut accroître la préoccupation « santé » dans l’alimentation et le choix des produits. Les entreprises ont certes une responsabilité à cet égard, mais on ne peut leur imputer l’ensemble des causes ou des effets alors que plusieurs découlent du comportement des consommateurs. Malgré toutes les études et avancées scientifiques, les produits à haute teneur en gras, sucre et sel restent très populaires.  Il y a donc des efforts de sensibilisation et d’éducation à déployer, mais c’est l’ensemble de la société qui doit prendre les bouchées doubles.

À propos de Stéphane Forget, MBA
Président-directeur général

Stéphane Forget est entré en fonction en tant que président-directeur général de la FCCQ en octobre 2016. Il s’est joint à la FCCQ en 2014, au poste de vice-président, Stratégie et affaires économiques. Auparavant à la Société de transport de Montréal (STM), il a agi à titre de directeur exécutif, Relations externes et planification stratégique, ainsi qu’à titre de directeur, Coordination des dossiers stratégiques.

Dans le cadre de ses fonctions à la FCCQ, M. Forget est membre du Conseil d’administration et du comité exécutif de la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT), membre du Conseil d’administration de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), membre du Comité consultatif du travail et de la main d’œuvre (CCTM).

Précédemment, il a cumulé une vaste expérience des affaires gouvernementales et publiques, occupant diverses fonctions au sein de la Ville de Montréal, dans le monde associatif, à la Société Radio-Canada et au gouvernement du Québec. Il est détenteur d’une maîtrise en administration des affaires (MBA) de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal (ESG-UQAM) et d’un certificat en droit de l’Université de Montréal.

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