Publié dans Billets de blogue

Et si on pensait aux travailleurs expérimentés? (partie 1)

Par Charles Milliard
Président-directeur général

Au Québec, comme dans plusieurs pays industrialisés, les travailleurs expérimentés constituent toujours un bassin de main-d’œuvre sous-utilisé. En moyenne, les travailleurs Québécois se retirent plus jeunes que leurs collègues d’Amérique du Nord ou d’ailleurs dans l’OCDE. La réalité du marché a changé, pour les travailleurs expérimentés actuels, la retraite ne signifie plus un arrêt total de travail. Certains vont entamer une période de transition tandis que d’autres occuperont des postes à temps partiels. Dans certains cas, ils reviendront sur le marché du travail après une pause motivés par des besoins personnels.   

Si, en 2019, le taux d’activité des Québécois de 60 ans et plus avait été égal à celui de l’Ontario, ce sont environ 82 000 personnes de plus qui pourraient pourvoir les postes vacants. Qui plus est, il s’agirait de 82 000 travailleurs porteurs de savoirs et de savoir-faire accumulés au fil de 30 ou 40 ans de vie active.   

Pour la FCCQ, l’attraction et la rétention en emploi de ces travailleurs expérimentés sont les éléments d’une stratégie gagnante1, notamment en leur offrant la possibilité de participer au marché du travail avec des horaires à temps partiels, des horaires flexibles ou encore, des horaires adaptés à leurs besoins.   

Pour y parvenir, la réglementation et la fiscalité doivent être mises à jour. Pour tenir compte de cette réalité, les entreprises doivent s’adapter et les conventions collectives, le cas échéant, doivent permettre une certaine flexibilité supplémentaire afin d’accommoder les besoins de ces travailleurs.  

Cela dit, les gouvernements — étant eux-mêmes des employeurs — doivent agir rapidement et modifier certaines dispositions administratives et fiscales qui dissuadent les travailleurs expérimentés de rester ou de revenir au travail. Par exemple :   

  • Augmenter le seuil de revenu ne diminuant pas les prestations du Supplément de revenu garanti (SRG).  
  • Effectuer une révision des limites, des conditions et des impacts fiscaux de la conversion d’un REER en FERR avec comme objectif d’éliminer les contraintes pour un travailleur expérimenté voulant continuer à travailler ou retourner sur le marché du travail.  
  • Se doter d’un plan d’action afin de favoriser la rétention et l’embauche des travailleurs expérimentés et de retarder l’âge moyen de départ à la retraite, notamment sur le plan de la sensibilisation, de la formation et de l’aide à la réintégration du marché du travail. 
  • Considérer une hausse du seuil d’assujettissement des revenus de travail au premier palier d’imposition.  
  • Bonifier le crédit d’impôt pour la prolongation de carrière.  
  • Modifier le mode de fonctionnement du Régime des rentes du Québec afin de permettre à un prestataire de faire cesser ses prestations lorsqu’il trouve un emploi, peu importe la durée écoulée depuis le début des versements. Aussi, supprimer l’obligation de cotiser au RRQ pour ceux et celles qui ont commencé à recevoir des rentes.  
  • De permettre à un prestataire du Régime de rentes du Québec de faire cesser les prestations six mois ou plus après le début de leur versement.  Ce délai, arbitrairement court et inutilement rigide, ne permet pas à un prestataire du régime de rentes d’interrompre ses prestations en cas de retour au travail. Il incite à la retraite permanente et irréversible, alors qu’on veut justement accroître le taux d’activité des travailleurs expérimentés.  

La limite de 71 ans pour convertir un REER en FERR, assorti d’un taux de retrait minimal élevé, imposable et qui croît avec l’âge, rend fiscalement désavantageux le maintien ou le retour au travail, pour un septuagénaire, de rester sur le marché du travail, même s’il le désire. À cela s’ajoute l’obligation de cotiser au RRQ sur tout revenu de travail, même après avoir commencé à recevoir des rentes, une mesure pénalisant particulièrement le travailleur autonome, qui paie à la fois la cotisation de l’employé et de l’employeur. D’autres mesures incitatives, telles que bonifier la Prime au travail et retarder l’âge minimal d’accès au RRQ à 62 ans, mériteraient également d’être évaluées.  

Les gouvernements devraient ainsi assouplir certaines dispositions administratives et fiscales pour faciliter le maintien ou le retour en emploi de ces travailleurs. Toute notre société en tirera profit et l’opportunité se présente maintenant. 

La seconde partie de ce billet de blogue traitera des différentes approches de rétention et d’intégration des travailleurs expérimentés en favorisant la souplesse ainsi que les bonnes pratiques dans les milieux de travail.  

À propos de Charles Milliard
Président-directeur général

Charles Milliard est président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec depuis janvier 2020. Gestionnaire chevronné, il possède une longue expérience en affaires publiques, plus particulièrement dans le secteur pharmaceutique, de la santé et des sciences de la vie. Il a œuvré au sein du Groupe Uniprix durant 14 ans, occupant plusieurs responsabilités dans l’ensemble des fonctions de l’organisation. De 2013 à 2016, il y a occupé le rôle de vice-président exécutif du Groupe, ayant sous sa supervision la moitié des employés du siège social. Avant de se joindre à la FCCQ, il était vice-président, Santé, au sein du cabinet de relations publiques NATIONAL.

Au fil des années, Charles Milliard a acquis une solide expérience en gestion d’enjeux stratégiques et financiers, en développement de stratégies politiques et gouvernementales, et a su développer d’importantes habiletés de leadership et de représentation publique des organisations.

Titulaire d’un baccalauréat en pharmacie et d’un certificat en économique de l’Université Laval, ainsi que d’un MBA de HEC Montréal, Charles Milliard est membre de l’Ordre des Pharmaciens du Québec. Chroniqueur santé à diverses émissions télé au cours des dernières années (Radio-Canada, TVA et V), il s’implique en outre à titre personnel au sein de plusieurs organismes culturels, notamment à titre de président du conseil d’administration du Festival TransAmériques et de la Fondation du Cegep de Lévis et d’administrateur à l’Orchestre symphonique de Montréal, au Conseil des Arts de Montréal et au Festival de Lanaudière.

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