Publié dans Lettres ouvertes

Des charges salariales moindres pour des entreprises plus compétitives et créatrices d’emplois

Par Charles Milliard
Président-directeur général

Dans le cadre des consultations prébudgétaires que mène le ministre des Finances du Québec, Éric Girard, il nous apparaît important d’aborder la question cruciale des conditions de succès menant à la création d’emploi. Le gouvernement du Québec souhaite que les entreprises québécoises continuent à créer des emplois dans toutes les régions, surtout des emplois plus payants. La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) et les 50 000 entreprises de tous les secteurs d’affaires qu’elle représente sont évidemment d’accord avec cet objectif. Le gouvernement doit cependant mettre la main à la pâte, afin de créer un environnement d’affaires où les entreprises pourront réaliser cet objectif.

Au cours des dernières années, de nombreuses mesures sociales ont été mises en place par les différents gouvernements et les employeurs ont fièrement appuyé une majorité d’entre elles. Prises une à une, ces initiatives visant à réduire les écarts sociaux sont toutes louables, mais leur accumulation provoque un phénomène de « sédimentation », alors que s’additionnent les responsabilités financières des employeurs face aux coûts de main-d’œuvre, qu’on estime à plus de 13 G$ sur cinq ans.

Soyons concrets : pour un même salaire versé en 2020 par une entreprise québécoise et une entreprise ontarienne, il y a aura près de 4,5 % de plus en charges salariales au Québec. Ainsi, pour chaque 100 $ de rémunération, une entreprise d’ici déboursera réellement 115,25 $, comparativement à 110,78 $ de l’autre côté de la rivière des Outaouais.

Parmi les charges salariales qui creusent cet écart, notons la contribution de l’employeur au Fonds des services de santé du Québec (FSS), à 4,26 %, comparée à celle sur l’Impôt-santé en Ontario, à 1,95 %. Il s’agit de la principale source de déséquilibre entre le Québec et les autres provinces, et donc un important frein à la capacité des entreprises québécoises à créer les emplois payants tant espérés par notre premier ministre! Au total, c’est donc une « taxe » de 15,252 % que doivent ajouter les employeurs québécois sur chaque nouvel emploi, comparativement à 10,78 % en Ontario. Les entrepreneurs qui lisent ce texte comprennent bien comment cet écart peut, finalement, faire toute la différence.

À cela s’ajoute d’autres charges propres au Québec, dont la « loi du 1 % » visant à encourager la formation des travailleurs en emploi. Bien qu’elle soutienne, avec l’ensemble de l’écosystème du milieu du travail, la pertinence et la nécessité d’une main-d’œuvre correctement formée, la FCCQ recommande, depuis plusieurs années déjà, de réfléchir à l’efficience de ce programme et de considérer transformer le financement des programmes qui en découlent.  Ainsi, nous mettons sur la table l’idée d’un Régime volontaire d’épargne pour la formation continue. À l’image du Régime enregistré d’épargne-étude (REEE), mais qui se perpétuerait tout au long de la vie active, cet outil permettrait au travailleur de contribuer de manière fiscalement avantageuse à sa formation continue, dans un fonds auquel l’employeur pourrait aussi contribuer – un bel attrait pour des candidats devant la rareté de main-d’œuvre! Les sommes appartenant au cotisant, le travailleur verrait son régime le suivre tout au long de sa vie professionnelle, pour favoriser le perfectionnement à tout âge. Voilà donc une idée qui tient compte de la volonté du désir de liberté et d’un certain affranchissement corporatif de la nouvelle génération de travailleurs.

Lors du budget 2018-2019, le gouvernement du Québec annonçait des mesures fiscales permettant de réduire le fardeau des entreprises. Il faut aller plus loin, poursuivre les efforts pour contribuer à un environnement d’affaires plus compétitif. Le gouvernement doit définir comme objectif clair de réduire le fardeau global des entreprises ou, à tout le moins, s’engager à ne plus l’augmenter au-delà du niveau de 2019.

Alors que le gouvernement québécois vise aussi à attirer des entreprises étrangères, tout en soutenant la compétitivité des entreprises québécoises, la FCCQ est convaincue que des mesures supplémentaires pour alléger les obligations des employeurs liées aux charges salariales doivent apparaître au prochain budget et qu’une attention particulière doit être portée à d’éventuels changements législatifs, notamment quant à notre régime de santé et sécurité du travail. Elle veillera au grain pour contribuer à l’atteinte de l’objectif de créer davantage d’emplois et de favoriser la croissance économique partout au Québec. Qu’ils soient employeurs ou employés, les citoyens québécois ont tout intérêt à s’intéresser à cette question.

À propos de Charles Milliard
Président-directeur général

Charles Milliard est président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec depuis janvier 2020. Gestionnaire chevronné, il possède une longue expérience en affaires publiques, plus particulièrement dans le secteur pharmaceutique, de la santé et des sciences de la vie. Il a œuvré au sein du Groupe Uniprix durant 14 ans, occupant plusieurs responsabilités dans l’ensemble des fonctions de l’organisation. De 2013 à 2016, il y a occupé le rôle de vice-président exécutif du Groupe, ayant sous sa supervision la moitié des employés du siège social. Avant de se joindre à la FCCQ, il était vice-président, Santé, au sein du cabinet de relations publiques NATIONAL.

Au fil des années, Charles Milliard a acquis une solide expérience en gestion d’enjeux stratégiques et financiers, en développement de stratégies politiques et gouvernementales, et a su développer d’importantes habiletés de leadership et de représentation publique des organisations.

Titulaire d’un baccalauréat en pharmacie et d’un certificat en économique de l’Université Laval, ainsi que d’un MBA de HEC Montréal, Charles Milliard est membre de l’Ordre des Pharmaciens du Québec. Chroniqueur santé à diverses émissions télé au cours des dernières années (Radio-Canada, TVA et V), il s’implique en outre à titre personnel au sein de plusieurs organismes culturels, notamment à titre de président du conseil d’administration du Festival TransAmériques et de la Fondation du Cegep de Lévis et d’administrateur à l’Orchestre symphonique de Montréal, au Conseil des Arts de Montréal et au Festival de Lanaudière.

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