Publié dans Lettres ouvertes

Conserver notre spécificité en dépensant moins

Chaque jour qui passe apporte son lot de protestations « préventives » au sujet d’éventuelles réductions de dépenses du gouvernement du Québec. De tous les segments de la société, on se proclame intouchable et on anticipe les pires malheurs si l’on ose réduire les activités financées par l’État. C’est ainsi que, jour après jour, on voit défiler dans les médias ces défenseurs du statu quo qui s’indignent en cohortes.

Pourtant, d’après des études produites en 2010, le gouvernement du Québec dépense, à population égale, quelque 17,5 milliards de dollars de plus par année que l’Ontario1. C’est, pour ainsi dire, le coût du modèle québécois. Il y a bien sûr, dans cet écart du niveau de dépenses publiques, des choix de société qui nous sont propres et chers. C’est notamment le cas de notre politique familiale. On doit aussi reconnaître que notre façon d’offrir les services publics est nettement plus coûteuse.

Il nous apparaît tout à fait possible de protéger nos programmes distinctifs en dépensant un peu moins. Est-ce que tout est optimal? Si, par exemple, nous ramenions l’écart des dépenses de programmes avec l’Ontario de 17,5 à 14 ou 15 milliards de dollars, est-ce qu’on jetterait le modèle québécois par-dessus bord? Nous continuerions, bien au contraire, d’offrir des services nettement plus étendus que partout ailleurs au Canada. Nous demeurerions une société distincte avec beaucoup de spécificités dans son offre de services publics.

Face aux vents contraires auxquels le Québec doit faire face à l’égard des finances publiques, ne pourrait-on pas réduire un peu la voilure sans changer de cap à l’égard de nos grandes politiques? Réduire la voilure, ça signifie notamment :

  • chercher à réaliser des gains de productivité ou des réductions de coûts dans les moyens d’offrir les services;
  • réduire quelque peu l’étendue ou la hauteur de certains services en maintenant les objectifs les plus importants poursuivis par ces services.

On ne peut nier que l’exercice de révision des programmes et de la fiscalité est caractérisé, dans sa première étape, par un effort marqué de redressement financier. Il faut bien qu’il y ait un hiver si l’on veut qu’il y ait un printemps. Et pour traverser cet hiver, il faut faire appel à la contribution de tous, y compris de la part des entreprises.

Mais il faut aller au-delà de cette phase de révision et entrevoir de nouveaux horizons, redonner à l’État sa capacité de leadership et d’action.

Presque tous les gouvernements dans le monde ont été confrontés à ce genre de défis ou le sont encore. Certains gouvernements se sont ressaisis et ont recouvré leurs moyens d’action. D’autres n’y parviennent pas et ils assistent impuissants à la diminution du niveau de vie de leurs concitoyens et à l’effritement de leurs services publics.
À nous de choisir collectivement la voie de la prospérité.

 

1Source : Le Québec face à ces défis. Comité consultatif sur l’économie et les finances publiques, 2009. (Publié par le ministre des Finances du Québec). Ces études seraient remises à jour incessamment.

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