Publié dans Lettres ouvertes

BUDGETS 2018-19: privilégier la compétitivité

Par Stéphane Forget, MBA, ASC
Président-directeur général

Les budgets 2018-19 des gouvernements du Canada et du Québec seront bientôt rendus publics et ce, dans un contexte de concurrence internationale exacerbée pour les entreprises canadiennes : l’Accord global Canada-Europe entre en vigueur ; les pays participants s’apprêtent à signer l’Accord de partenariat Transpacifique ; le sort de l’ALÉNA reste très incertain et la réforme fiscale américaine rendra les États-Unis encore plus attractifs comme destination d’investissement pour les entreprises nord-américaines.

Certes, l’avantage concurrentiel du Canada ne tient pas aux seuls taux d’imposition des entreprises, si cruciaux soient-ils. Ce serait une erreur de nous lancer dans une surenchère d’avantages fiscaux à seule fin d’attirer et de conserver ici des entreprises d’envergure.

Toutefois, dans le contexte actuel, il faut prendre avec lucidité la mesure de la compétitivité canadienne, dans laquelle l’ensemble de nos politiques fiscales jouent un rôle central. Les prochains budgets fédéral et québécois devraient donner la priorité à cet enjeu.

Depuis le milieu des années 1980, la productivité canadienne croît moins rapidement que celle des États-Unis. Depuis la récession 2008-2009, le retard du Canada s’est accentué.

On ne doit pas s’en étonner. Alors que l’investissement, en pourcentage du PIB, a bondi aux États-Unis à compter de 2010, il a continué de décroître au Canada et, davantage encore, au Québec, où il était en 2016 inférieur de moitié au niveau américain. Cet écart et cette tendance sont d’autant plus inquiétants que le Canada amorce une période de pénurie de main-d’œuvre : plus que jamais, notre croissance économique reposera sur nos gains de productivité.

Selon le Global Competitiveness Report 2017-18, le Canada se situe au 14e rang mondial pour sa compétitivité globale — entre la Nouvelle-Zélande et devant Taïwan, loin derrière les États-Unis classés 2e. Il est préoccupant que, dans ce classement, le Canada ne se situe qu’au 49e rang mondial pour l’impact de la fiscalité sur la motivation des entreprises à investir.

Les prochains budgets devraient donc faire une place privilégiée à l’amélioration de la compétitivité et de la productivité des entreprises canadiennes. La FCCQ préconise plusieurs mesures qui visent précisément cet objectif :

  • Instituer, pour une période limitée, l’amortissement fiscal accéléré de certains actifs contribuant à des gains importants en productivité (robotique, automatisation, numérique, etc.), afin d’inciter l’accroissement des investissements des entreprises, notamment dans les catégories les plus déterminantes de la productivité.
  • À l’instar de nombreux pays développés, assujettir les fournisseurs étrangers de services intangibles à la TPS et la TVQ. À ce jour, ils y échappent, ce qui crée d’entrée de jeu un désavantage concurrentiel de 15 % (au Québec) pour les entreprises canadiennes de ce secteur.
  • Accélérer les investissements publics dans les infrastructures de transport et de communication, porteurs de productivité pour l’ensemble de l’économie : notamment le corridor commercial du fleuve et du golfe Saint-Laurent et du Nord québécois, la flotte de déglaçage des voies maritimes, les ports fluviaux, les aéroports régionaux, l’Internet haute vitesse en région.
  • Afin d’accroître la productivité et la mobilité des travailleurs en stimulant l’actualisation de leurs compétences, créer au Québec un Régime volontaire d’épargne formation continue (RVEFC), semblable au Régime enregistré d’épargne-études (REEE). Ce nouveau programme remplacerait avantageusement la cotisation obligatoire au Fonds de développement de la main-d’œuvre.
  • Afin d’assurer la pérennité de nos avantages concurrentiels, présenter, dès ce printemps, une stratégie de résorption rapide du déficit, dans le cas fédéral, et de désendettement, dans le cas du Québec.

 

La compétitivité du Canada ne se réduit pas aux seuls taux d’imposition des entreprises, si importants soient-ils. Elle a bien davantage trait à leur productivité, aux investissements consentis à cette fin et aux qualifications de la main-d’œuvre. Utilisées judicieusement, les politiques fiscales et budgétaires des gouvernements du Canada et du Québec peuvent contribuer à régler l’enjeu de fond de l’économie canadienne — celui de la productivité. C’est la stratégie que la FCCQ voudrait les voir adopter.

À propos de Stéphane Forget, MBA, ASC
Président-directeur général

Stéphane Forget est président-directeur général de la Fédération des chambres de commerce du Québec. À la FCCQ depuis 2014, il a d’abord occupé le poste de vice-président, Stratégie et affaires économiques. Auparavant à la Société de transport de Montréal (STM), il a agi à titre de directeur exécutif, Relations externes et planification stratégique ainsi qu’à titre de directeur, Coordination des dossiers stratégiques.

Précédemment, il a cumulé une vaste expérience des affaires gouvernementales et publiques, occupant diverses fonctions au sein de la Ville de Montréal, dans le monde associatif,  à la Société Radio-Canada et au gouvernement du Québec.

Il est détenteur d’une maîtrise en administration des affaires (MBA) de l’École des sciences de la gestion de l’Université du Québec à Montréal  (ESG-UQAM) et d’un certificat en droit de l’Université de Montréal. Au printemps 2019, il a obtenu la désignation d’administrateur de sociétés certifié (ASC).

Monsieur Forget est membre du Conseil et du comité exécutif de la Commission des partenaires du marché du travail (CPMT), membre du Conseil d’administration de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) et membre du Comité consultatif du travail et de la main d’œuvre (CCTM).

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